C est La Fin, de Seth Rogen et Evan Goldberg

20131009-082832.jpg

Six acteurs, réalisateurs et scénaristes américains, sortant tous de l’écurie Judd Apatow se retrouvent coincés en pleine apocalypse. Voici donc Seth Rogen (qui réalise le film avec Evan Goldberg, scénariste de Délire Express avec Seth Rogen et James Franco, de David Gordon Green et produit par Judd Apatow), Jay Baruchel (qu’on a vu dans En Cloque Mode d’Emploi de Judd Apatow avec Seth Rogen), Danny McBride (Délire Express, Votre Majesté de David Gordon Green, tous deux avec James Franco), Craig Robinson (apparition dans En Cloque Mode d’Emploi, Délire Express), Jonah Hill (En Cloque Mode d’Emploi, Supergrave produit par Apatow et écrit par Rogen et Goldberg, Funny People de Judd Apatow) et James Franco (En Cloque Mode d’Emploi, Délire Express).

Bref, tout ce petit monde se connaît, ils ont travaillé à plusieurs reprises ensemble et ont, à un moment ou un autre de leur carrière, le scénariste/producteur/réalisateur Judd Apatow en commun.
Le point de départ du film, c’est une fête chez James Franco, qui vient de refaire sa maison. On y croise un tas de célébrités venues jouer leur propre rôle, comme Rihanna, Michael Cera (comme on ne l’a jamais vu), Jason Segel ou encore Emma Watson (qui a un rôle un peu plus important d’ailleurs). Jusqu’au moment où une véritable apocalypse s’abat sur Hollywood, tuant presque tout le monde sauf les 6 acteurs (et d’autres survivants surprise). Ils restent donc enfermés chez Franco, de peur des créatures de l’enfer qui rodent dehors, et tentent de s’organiser pour économiser les vivres. C’est clairement un film de potes, rempli de blagues très référencées qui peuvent laisser indifférent pour qui ne connaît aucun de ces acteurs, même si les dialogues sont souvent drôles et la caricature jamais très loin. Bien évidemment, les égos resurgissent, à l’image de Jonah Hill très content de lui d’avoir réussi un tournant plus dramatique dans sa carrière après avoir été nommé à l’oscar pour Le Stratège. Le film risque à tout moment le trop plein de narcissisme, mais les acteurs réussissent à le désamorcer en se moquant gentiment d’eux mêmes. Mais il n’empêche, au final, que l’on se demande si le film n’est pas un peu vain, et s’il n’était pas destiné à la base à rester dans la dvdthèque de ces acteurs, comme un énorme film de vacances amélioré. Mais, après tout, on passe un bon moment et le final est assez délirant.

Dossier : Gravity

Le 23 octobre sort sur les écrans français le nouveau film d’Alfonso Cuaron, talentueux réalisateur de Children of Men. Précédé de critiques élogieuses et enthousiastes, ce film pourrait bien marquer un tournant dans le monde du cinéma à effets spéciaux. Voici mon petit tour d’horizon du projet ici : gravity-banner

Avis express : Le Secret de Pascal Laugier

20120908-213053.jpg

Troisième long métrage du réalisateur français Pascal Laugier, après Saint Ange en 2003 et le controversé et gore Martyrs en 2008, Le Secret est son 2 eme film tourné au Canada, mais cette fois avec un casting américain, mené par Jessica Biel.
Le film se déroule dans une petite ville, Cold Rock, qui fait face à un problème inquiétant : ses enfants disparaissent un à un et ne sont jamais retrouvés.
Les habitants semblent croire à une légende urbaine qui veut que ce soit un mysterieux boogeyman, le « Tall Man », qui soit a l’origine de ces disparitions.
Jusqu’au jour ou Julia (Jessica Biel), voit son fils de 6 ans se faire kidnapper sous ses yeux.

Le problème du film ne vient pas tellement de son point de départ, qui promet assez de mystère pour tenir en haleine le spectateur.
Il vient en partie du manque d’empathie que l’on éprouve envers le personnage principal, joué par Jessica Biel.
Sans que cela soit de sa faute, en fait on est avec elle la première partie du film, mais ensuite le scénario installe trop d’ironie dramatique la concernant et créé une distance entre elle et le spectateur. Et cela au milieu du film.
Du coup, on se concentre sur la résolution du mystère, mais on nous donne les clefs trop tôt et la fin s’impose d’elle même dans l’esprit du spectateur avant même de l’avoir vue.
Au final on reste sur notre faim, au moins Martyrs, que l’on aime ou pas, était percutant.
Ici nous retiendrons le constat social fait par le film, qui pourrait prêter à débat si la chose n’était pas tellement énorme et absurde pour que l’on y croit…

Avis : L etrange pouvoir de Norman

Image

Second long métrage de la société Laïka Entertainment après le Coraline de Henry Selick (L’Etrange Noël de Mr Jack, c’est toujours bon de le rappeler), L’Etrange Pouvoir de Norman (ou Paranorman en V.O) est un film écrit par Chris Butler, qui porte le projet depuis 10 ans, et réalisé par lui même et un certain Sam Fell(Souris City, La Légende de Despereaux) .

Particularité : c’est un film en stop-motion, technique d’animation qui consiste à filmer en image par image des marionnettes en décor réel.
Le stop-motion est une technique qu’affectionne tout particulièrement Tim Burton, mais aussi les studios Aardman (Wallace et Gromit), qui sont un peu les représentants et les défenseurs de cette technique.
On pense aussi et surtout à Tim Burton pour l’ambiance du film, cette histoire de morts qui reviennent à la vie n’est pas sans rappeler parfois Beetlejuice ou Les Noces Funèbres.
En fait, on suit un énième petit garçon différent des autres et mis à l’écart à cause de son étrange don : il peut voir et parler aux morts.
Rien de très original, on a vu le thème de la différence traité d’égale manière dans bien d’autres films. De même, ici les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit, ce que nous dit Burton quasiment à chacun de ses films.
Mais le plaisir du film réside ailleurs. Plutôt dans sa mise en scène, qui s’avère excellente, avec son animation fluide, ses plans magnifiques même en 3D et ses trouvailles visuelles géniales lors de gags à l’humour noir parfois délicieusement dégueu.
Malgré sa (banale) différence, on arrive très bien à s’identifier à Norman, avec lequel l’émotion parvient mieux au spectateur quand il parle à et de sa grand mère décédée avec ses parents que quand il tente de convaincre la méchante de l’histoire que, au fond, ils sont pareils.
Peut-être parce que c’est l’élément autobiographique du récit. Et peut-être parce qu’on a presque tous vécu ça…
Les personnages autour sont caricaturaux, comme souvent, mais participent à cette quête initiatique de façon amusante et ne sont jamais embarrassants. On regrettera juste les clichés faciles, au détour d’une réplique ou deux.

Au final, ce 2ème long-métrage de ce studio appelé, j’espère, à monter, est un réjouissant hommage aux films de monstres période 50’s, drôle et rythmé.
On regrettera juste le manque d’originalité des enjeux et des thèmes abordés, et peut être la touche de poésie qui magnifiait si bien Coraline, leur précédent film, mais tout cela n’empêche pas de le découvrir avec un plaisir évident.

Avis Express : Expendables 2, de SImon West

Image

Deux ans après Expendables, que Stallone réalisait lui-même, voici la suite, cette fois réalisée par Simon West, le yes-man responsables de chef-d’oeuvres tels que Tomb Raider, Les Ailes de l’Enfer ou encore Terreur sur La Ligne (ah ah…).
Ce deuxième épisode fonctionne sur le même principe que le premier : faire vibrer la fibre nostalgique de nous autres, spectateurs biberonnés aux aventures de ces Action Hero des années 80.
Et autant dire que là dessus le film va plus loin que son prédécesseur, déjà pour son casting, on prend les mêmes (même Dolph Lundgren qui était censé être mort dans le premier volet !), on rajoute Van Damme en super Vilain (ah ah bis, vous comprendrez pourquoi) et on étend le temps de présence à l’écran de ce bon vieux Schwarzie et de Bruce Willis.
Cerise sur le gâteau : les apparitions hilarantes de Chuck Norris, qui entre lui aussi dans le jeu du second degré.
Et autant le dire tout de suite : tout ça fonctionne à plein régime ! C’est le plaisir coupable de l’été !
L’histoire ? Who cares ?
On est venu là pour voir tous ces papys de l’action se foutre sur la gueule, et bordel on en a pour notre argent.
Si le premier soufrait parfois d’un manque de rythme, ici le scénario est suffisamment bien ficelé pour nous en foutre plein la gueule et ménager quelques temps de pauses.
Le seul regret, que la réflexion sur le temps qui passe et la vieillesse ne soit pas plus poussée que la réplique de fin entre Schwarzie et Stallone, ça aurait pu être une mise en abîme intéressante.
Mais qu’importe, on ressort de la salle le sourire aux lèvres, et on en redemande, surtout quand on voit sur le net que l’on annonce déjà des gens comme Eastwood ou Nicolas Cage pour le prochain !

Avis : David et Madame Hansen, de Alexandre Astier

Image

On connait Alexandre Astier bien évidemment pour sa série très populaire, Kaamelott.

On le connait aussi au cinéma, mais plutôt dans des seconds rôles, comme dans les films LOL ou encore Astérix aux Jeux Olympiques.

En plus de cette «vitrine», l’homme a de nombreux talents, de nombreuses casquettes. Déjà, c’est un musicien de formation. Voilà pourquoi il signe lui-même toute la musique de Kaamelott, et aussi de son premier long métrage David et Madame Hansen. C’est aussi un auteur, un scénariste, un incroyable dialoguiste, un monteur et je suis sûr que j’en oublie.

Il est aussi et bien sûr réalisateur, sur sa série Kaamelott en fait.

Jouer et diriger, il connait donc bien. Il a eu du temps pour s’entrainer.

C’est donc tout naturellement qu’il reprend à peu près les mêmes casquettes sur son premier long-métrage, qu’il a écrit, réalisé, mis en musique et monté (il est crédité au générique comme chef-monteur).

Il en est aussi l’un des producteurs exécutifs, tout comme Jean-Christophe Hembert, que l’on connait comme étant Karadoc dans la série Kaamelott, et complice de longue date d’Alexandre Astier.

Voilà donc qui ressemble à un film très personnel. Et ça l’est.

Evidemment, étant un grand fan de Kaamelott, j’attendais Astier au cinéma avec justement les adaptations promises de son inimitable série.

Et comme il aime être là ou l’on ne l’attend pas, et peut-être aussi une façon d’apprivoiser le médium, il a choisit de porter à l’écran cette histoire, cette sorte de road-movie entre un ergothérapeute et une patiente qui souffre d’amnésie passagère.

A l’origine d’ailleurs, ce devait être un film écrit pour Alain Delon. Celui ci était d’ailleurs engagé, le tournage allait commencé mais fut annulé au dernier moment suite à un désaccord entre les deux hommes.

Qu’à cela ne tienne, Alexandre Astier remania le scénario et le rôle pour le confier à Isabelle Adjani.

Image

Pitch : David est ergothérapeute. Il exerce depuis peu dans une riche clinique suisse. Alors que, un matin, il manque une de ses collègues à l’appel, on lui confie une patiente à accompagner pour une course en ville : Madame Hansen-Bergmann. D’abord prudent et respectueux du protocole médical, David se montre procédurier. Mais au fur et à mesure qu’il côtoie sa patiente, sa curiosité grandit : tant de provocation et d’insolence, mêlées à de si soudaines vagues de détresse et de chagrin inexpliquées, ne peuvent cacher qu’un grand traumatisme. Ils ne reviendront pas à l’heure prévue…

Oui, on est loin du ton humoristique de Kaamelott. On est même plutôt dans le drame.

Mais si on remet les choses dans leur contexte, quand on regarde bien l’ambition d’Alexandre Astier sur Kaamelott, qui se dévoile vraiment à partir du Livre IV, on se rend compte qu’il dépeint plutôt des drames humains, l’humour ne surgissant qu’au travers du décalage de certains personnages par rapport à une situation, et au travers des dialogues bien sûr.

Ici Astier nous raconte une histoire plutôt sérieuse. C’est d’abord la rencontre de deux êtres un peu perdus, elle qui a subit un grand traumatisme et sujette à de fréquentes pertes de mémoires; lui qui vient d’arriver dans cette clinique, qui a, bien qu’il dise le contraire au début, du mal à s’intégrer.

Ces deux personnages vont donc s’apporter beaucoup l’un l’autre. Chacun se découvre grâce à l’autre au fil du film.

Il est vrai qu’au départ, David, le personnage d’Alexandre Astier, est un peu en retrait. Plutôt passif même, mené par les caprices de Madame Hansen. C’en est même un peu frustrant pour le spectateur, l’on voudrait un peu plus de conflit.

Mais vers la moitié du film, la tendance s’inverse. Ou plutôt David prend les choses en main.

Une des frustrations du film vient du fait que le mystère autour de Madame Hansen n’est pas installé suffisamment tôt. On se doute bien qu’il s’est passé quelque chose, mais on commence à en avoir des indices que tard dans le film. Peut-être aurait-il fallut une phrase ou une scène pour compléter l’aura mystérieuse de cette patiente.

L’autre légère frustration que je pourrais signaler, on sent parfois un léger manque de rythme. C’est un film assez contemplatif, contemplatif de ses acteurs. Et l’on sait très bien qu’Alexandre Astier aime ses acteurs, il écrit pour eux, n’hésite pas sur les gros plans, les regards.

Dommage qu’on ait l’impression que parfois cet amour des acteurs sacrifie son sens du rythme.

Mais encore une fois, c’est une impression fugace au détour de quelques scènes qui ne gâche en rien la totalité du film.

D’ailleurs, en parlant du scénario, il a le bon goût de ne pas s’attarder sur la résolution du mystère de Madame Hansen. Il en dit suffisamment pour expliquer le personnage, mais sait très bien que son film ne tient pas là dessus.
Ce film, c’est plutôt une rencontre. Une nouvelle rencontre entre une comédienne et son réalisateur, mais aussi entre deux acteurs. Et ça tombe bien puisque l’acteur et le réalisateur sont une même personne.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’alchimie fonctionne à merveille. Même quand on sent Astier un peu en retrait face à Adjani, il a suffisamment de charisme et de présence pour paradoxalement ne pas apparaître effacé à l’écran.

Elle, elle est formidable. Elle joue avec justesse cette « malade », sans trop en faire, se cachant derrière ses provocations et ses répliques cinglantes, se découvrant peu à peu, fragile.

Astier a eu d’ailleurs une idée de génie, en jouant carrément avec l’image publique d’Adjani pour en faire un élément indispensable à la caractérisation de son personnage : les fameuses lunettes noires. Si au début du film elle se cache derrière, a mesure qu’elle se révèle à David et au spectateur donc, elle les portera de moins en moins.

Quant à Alexandre Astier, son rôle lui est taillé sur mesure (par lui même, oui bon d’accord). Tantôt discret, tantôt s’affirmant et prenant les choses en main, il se révèle touchant, sans trop en faire, dans ce rôle de « guide sur la voie de la guérison » d’Adjani.

Image

Le film est aussi bien desservi, en plus des acteurs, par la mise en scène du Astier réalisateur. Simple, sachant cadrer, sachant filmer sa légendaire actrice, il n’a pas peur d’elle, il la dirige à merveille et la met à nu.

Pas de fioritures, pas d’effets inutiles, tout est au service de l’histoire. C’est sincère et c’en est donc touchant.

Et de même les dialogues, que l’on adore chez Astier, ils sont comme à son habitude fins et réglés au millimètre, comme cette réplique que lui envoie Isabelle Ajani quand il veut lui offrir des fleurs, c’est bateau, c’est du déjà entendu, mais chez Astier, c’est tellement bien placé et tellement inattendu que ça marche à tous les coups. Il en va de même pour le reste du film, quelques répliques cinglantes, quelques bons mots, bref, ce à quoi nous a habitué Alexandre Astier avec Kaamelott. Même si ici, vu le ton du film, c’est par petites touches. J’imagine bien les réalisateurs et producteurs de comédies françaises se l’arracher pour écrire les dialogues de leurs films, avec son nom encadré sur l’affiche…

Et pour parler une dernière fois d’Alexandre Astier et de ses nombreux talents, signalons la musique du film, sans être mémorable comme pouvait l’être la musique de Kaamelott, elle sert parfaitement le film et sait rester discrète, présente quand il le faut pour souligner l’émotion.

Au final, sans être parfait, c’est un très beau premier essai que ce premier long-métrage. On ressort de la salle, sans forcément avoir pleuré ou rit aux larmes, mais au moins touché par cette histoire simple et élégante, et par ce magnifique duo.