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Avis : David et Madame Hansen, de Alexandre Astier

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On connait Alexandre Astier bien évidemment pour sa série très populaire, Kaamelott.

On le connait aussi au cinéma, mais plutôt dans des seconds rôles, comme dans les films LOL ou encore Astérix aux Jeux Olympiques.

En plus de cette «vitrine», l’homme a de nombreux talents, de nombreuses casquettes. Déjà, c’est un musicien de formation. Voilà pourquoi il signe lui-même toute la musique de Kaamelott, et aussi de son premier long métrage David et Madame Hansen. C’est aussi un auteur, un scénariste, un incroyable dialoguiste, un monteur et je suis sûr que j’en oublie.

Il est aussi et bien sûr réalisateur, sur sa série Kaamelott en fait.

Jouer et diriger, il connait donc bien. Il a eu du temps pour s’entrainer.

C’est donc tout naturellement qu’il reprend à peu près les mêmes casquettes sur son premier long-métrage, qu’il a écrit, réalisé, mis en musique et monté (il est crédité au générique comme chef-monteur).

Il en est aussi l’un des producteurs exécutifs, tout comme Jean-Christophe Hembert, que l’on connait comme étant Karadoc dans la série Kaamelott, et complice de longue date d’Alexandre Astier.

Voilà donc qui ressemble à un film très personnel. Et ça l’est.

Evidemment, étant un grand fan de Kaamelott, j’attendais Astier au cinéma avec justement les adaptations promises de son inimitable série.

Et comme il aime être là ou l’on ne l’attend pas, et peut-être aussi une façon d’apprivoiser le médium, il a choisit de porter à l’écran cette histoire, cette sorte de road-movie entre un ergothérapeute et une patiente qui souffre d’amnésie passagère.

A l’origine d’ailleurs, ce devait être un film écrit pour Alain Delon. Celui ci était d’ailleurs engagé, le tournage allait commencé mais fut annulé au dernier moment suite à un désaccord entre les deux hommes.

Qu’à cela ne tienne, Alexandre Astier remania le scénario et le rôle pour le confier à Isabelle Adjani.

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Pitch : David est ergothérapeute. Il exerce depuis peu dans une riche clinique suisse. Alors que, un matin, il manque une de ses collègues à l’appel, on lui confie une patiente à accompagner pour une course en ville : Madame Hansen-Bergmann. D’abord prudent et respectueux du protocole médical, David se montre procédurier. Mais au fur et à mesure qu’il côtoie sa patiente, sa curiosité grandit : tant de provocation et d’insolence, mêlées à de si soudaines vagues de détresse et de chagrin inexpliquées, ne peuvent cacher qu’un grand traumatisme. Ils ne reviendront pas à l’heure prévue…

Oui, on est loin du ton humoristique de Kaamelott. On est même plutôt dans le drame.

Mais si on remet les choses dans leur contexte, quand on regarde bien l’ambition d’Alexandre Astier sur Kaamelott, qui se dévoile vraiment à partir du Livre IV, on se rend compte qu’il dépeint plutôt des drames humains, l’humour ne surgissant qu’au travers du décalage de certains personnages par rapport à une situation, et au travers des dialogues bien sûr.

Ici Astier nous raconte une histoire plutôt sérieuse. C’est d’abord la rencontre de deux êtres un peu perdus, elle qui a subit un grand traumatisme et sujette à de fréquentes pertes de mémoires; lui qui vient d’arriver dans cette clinique, qui a, bien qu’il dise le contraire au début, du mal à s’intégrer.

Ces deux personnages vont donc s’apporter beaucoup l’un l’autre. Chacun se découvre grâce à l’autre au fil du film.

Il est vrai qu’au départ, David, le personnage d’Alexandre Astier, est un peu en retrait. Plutôt passif même, mené par les caprices de Madame Hansen. C’en est même un peu frustrant pour le spectateur, l’on voudrait un peu plus de conflit.

Mais vers la moitié du film, la tendance s’inverse. Ou plutôt David prend les choses en main.

Une des frustrations du film vient du fait que le mystère autour de Madame Hansen n’est pas installé suffisamment tôt. On se doute bien qu’il s’est passé quelque chose, mais on commence à en avoir des indices que tard dans le film. Peut-être aurait-il fallut une phrase ou une scène pour compléter l’aura mystérieuse de cette patiente.

L’autre légère frustration que je pourrais signaler, on sent parfois un léger manque de rythme. C’est un film assez contemplatif, contemplatif de ses acteurs. Et l’on sait très bien qu’Alexandre Astier aime ses acteurs, il écrit pour eux, n’hésite pas sur les gros plans, les regards.

Dommage qu’on ait l’impression que parfois cet amour des acteurs sacrifie son sens du rythme.

Mais encore une fois, c’est une impression fugace au détour de quelques scènes qui ne gâche en rien la totalité du film.

D’ailleurs, en parlant du scénario, il a le bon goût de ne pas s’attarder sur la résolution du mystère de Madame Hansen. Il en dit suffisamment pour expliquer le personnage, mais sait très bien que son film ne tient pas là dessus.
Ce film, c’est plutôt une rencontre. Une nouvelle rencontre entre une comédienne et son réalisateur, mais aussi entre deux acteurs. Et ça tombe bien puisque l’acteur et le réalisateur sont une même personne.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’alchimie fonctionne à merveille. Même quand on sent Astier un peu en retrait face à Adjani, il a suffisamment de charisme et de présence pour paradoxalement ne pas apparaître effacé à l’écran.

Elle, elle est formidable. Elle joue avec justesse cette « malade », sans trop en faire, se cachant derrière ses provocations et ses répliques cinglantes, se découvrant peu à peu, fragile.

Astier a eu d’ailleurs une idée de génie, en jouant carrément avec l’image publique d’Adjani pour en faire un élément indispensable à la caractérisation de son personnage : les fameuses lunettes noires. Si au début du film elle se cache derrière, a mesure qu’elle se révèle à David et au spectateur donc, elle les portera de moins en moins.

Quant à Alexandre Astier, son rôle lui est taillé sur mesure (par lui même, oui bon d’accord). Tantôt discret, tantôt s’affirmant et prenant les choses en main, il se révèle touchant, sans trop en faire, dans ce rôle de « guide sur la voie de la guérison » d’Adjani.

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Le film est aussi bien desservi, en plus des acteurs, par la mise en scène du Astier réalisateur. Simple, sachant cadrer, sachant filmer sa légendaire actrice, il n’a pas peur d’elle, il la dirige à merveille et la met à nu.

Pas de fioritures, pas d’effets inutiles, tout est au service de l’histoire. C’est sincère et c’en est donc touchant.

Et de même les dialogues, que l’on adore chez Astier, ils sont comme à son habitude fins et réglés au millimètre, comme cette réplique que lui envoie Isabelle Ajani quand il veut lui offrir des fleurs, c’est bateau, c’est du déjà entendu, mais chez Astier, c’est tellement bien placé et tellement inattendu que ça marche à tous les coups. Il en va de même pour le reste du film, quelques répliques cinglantes, quelques bons mots, bref, ce à quoi nous a habitué Alexandre Astier avec Kaamelott. Même si ici, vu le ton du film, c’est par petites touches. J’imagine bien les réalisateurs et producteurs de comédies françaises se l’arracher pour écrire les dialogues de leurs films, avec son nom encadré sur l’affiche…

Et pour parler une dernière fois d’Alexandre Astier et de ses nombreux talents, signalons la musique du film, sans être mémorable comme pouvait l’être la musique de Kaamelott, elle sert parfaitement le film et sait rester discrète, présente quand il le faut pour souligner l’émotion.

Au final, sans être parfait, c’est un très beau premier essai que ce premier long-métrage. On ressort de la salle, sans forcément avoir pleuré ou rit aux larmes, mais au moins touché par cette histoire simple et élégante, et par ce magnifique duo.

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